Pondéralement vôtre...

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06 août 2010

XXL, Julia Bell

9782745914262


Ce livre est rude, très rude. A tel point que j’ai mis du temps à le lire et que j’ai eu besoin de revenir sur certain passage après coup. XXL c’est l’histoire de Carmen, une adolescente de 14 ans enrôlée dans le culte des apparences par la société, les médias mais surtout sa mère, Maria, obsédée des régimes, obsédée par l’image qu’elle renvoie et son poids. Maria sort à peine de l’hôpital où son anorexie morbide l’avait conduite. Cette expérience de la maigreur, qui aurait pu la faire mourir, n’a pas ouvert les yeux de cette maman sur les dangers d’un comportement de sous-alimentation. Brian, son mari, ne comprend pas cette fascination pour les régimes et aimerait que Carmen, sa fille adoptive, ne tombe pas dans le même engrenage que sa maman. Mais hélas, il ne propose pas à Carmen une alimentation saine et équilibrée et lui offre sans cesse barres chocolatées, menus mac do et autres gourmandises tandis qu’elle est constamment réprimandé par sa mère qui préfère carrément et à tort la priver de nourriture. Carmen grossit et sait pourquoi elle grossit. C’est un cercle vicieux où l’adolescente mal dans sa peau est totalement tiraillée entre deux comportements alimentaires paradoxaux mais tous deux fallacieux. Elle se cache pour manger ses sucreries au début puis se cache pour vomir à la fin du roman. Elle est le triste résultat d’une culpabilité qui ne vient pas de sa propre raison, mais des autres.


L’histoire est rude, rude à encaisser, troublante, émouvante et d’une violence efficace. Efficace car elle met en scène la réalité d’une maladie dure à vaincre et qui est empirée par l’influence des canons de la beauté de notre société : Maria, la mère, est persuadée et prône à tous vents que la minceur -voire maigreur- et la beauté sont la garantie de la réussite. A partir du moment où elle emmène Carmen avec elle à Birmingam sans Brian, elle peut exercer tout son autorité sur sa fille qui va plonger avec elle dans les abysses de l’anorexie, d’autant plus que Carmen intègre une nouvelle école et VEUT ressembler à toutes les ados de son  âges dont le modèle est la femme montrée dans les magazines, les clips, à la télévision.


La culpabilité est un point central du problème. Tu vas grossir parce que tu manges. Et non pas « Manger bien, c’est être en bonne santé ». La notion de « bonne santé » n’existe pas chez Maria du moins la notion qu’elle en a est complètement erronée. Il faut être comme tous les stéréotypes de perfection de la société et pour cela il faut aller bêtement jusqu’à cesser de s’alimenter. Ce n’est finalement qu’une histoire de manque de confiance en soi. Maria s’acharne sur sa fille, sans répit et la culpabilise :


« Tu finiras par prendre un profil de méditerranéenne comme ta mémé. Va falloir que tu passes ta vie à surveiller ton poids ».

« Tu empestes le chocolat »

« Tu devrais faire un footing avec moi, ça te ferait du bien. Tu perdrais quelques kilos. »

« Tu veux être grosse et malheureuse ou quoi ? »

« Je n’y crois pas. Le XXL c’est trop petit pour toi ! »


Plus cela va, plus Carmen s’exècre et perd confiance en elle. Elle devient le pâle miroir de sa mère et se met à raisonner comme elle. L’engrenage est en route, Carmen ne veut pas grossir, Carmen se voit énorme, Carmen cesse de s’alimenter, se fait vomir, saute parfois deux repas par jour.


La souffrance de Carmen, cette obsession de la perfection se ressent dans le style de l’écriture. Et même si c’est une traduction de l’anglais, je pense que la forme syntaxique a été au maximum respectée. Si ce style est a priori simple avec beaucoup de phrase courte, il donne une impression d’étouffer dans un corps et un contexte que ne conviennent pas à la jeune adolescente. Il donne une impression d’enfermement dans ce corps et dans la prison alimentaire imposée par Maria. Mais il montre que manger obsède la jeune fille qui utilise très souvent un vocabulaire alimentaire pour désigner des attitudes, des regards, des choses sans rapport avec la gastronomie. Enfin, la narratrice qu’est Carmen est très soucieuse des détails et s’adonne à des descriptions très méticuleuses :  l’histoire est ainsi rendue très réaliste et correspond très bien avec l’attitude obsessionnelle envers le nombre de calories ingérés, l’importance des apparences. Il y a une sur-observation inutile du monde qui l’entoure comme pour en voir le moindre défaut.


Un épisode étonnant dans le livre est celui de la rencontre entre Carmen et Kelly, une obèse déjà maltraitée par ses camarades. D’abord Carmen se lit d’amitié avec elle, puis s’allie aux deux pestes qui passent leur temps à se moquer de la grosse Kelly. Carmen devient violente, crache sur Kelly, l’insulte. Elle semble reconnaitre dans ce corps ce qu’elle se refuse d’être ce que sa mère refuse qu’elle soit et ce que les canons de beauté de la société refuse que l’on soit. Etre grosse est presque un crime finalement.


Comment va finir l’histoire ? Que va devenir Carmen, la Carmen qui au départ se portait bien et qui est peu à peu devenue anorexique ? Va-t-elle revenir à la raison lorsque sa mère sera hospitalisée puis internée en psychiatrie ? Va-t-elle se libérer des stéréotypes qu’on lui a inculqués ?


Dans l’incipit le discours de Maria est très vindicatif vis-à-vis d’une photo de Marilyn Monroe qui fût tout de même un sex-symbol et le fantasme des hommes dans les années 50/60 : « Si j’étais aussi grosse qu’elle, je me tuerais ». Alors que Marilyn Monroe avait une silhouette très jolie, une vraie silhouette de femme avec des formes là où le faut et bien dans sa peau ! Suite à cela on passe à l’obsession de la calorie de trop, une obsession omniprésente. Ce début de roman met en valeur ce désir sans borne de ressembler à un idéal féminin qui n’existe que dans les magasines modernes et qui n’est qu’un « moule », c’est le modèle que veut incarner Maria, la mère.


Dans l’excipit, après l’hospitalisation de sa mère, Carmen revoit Paislay, une amie du collège. Paislay a supprimé de sa chambre tous les images des stars au corps parfaits. Elles décident d’un commun accord de brûler les barbies qui sont aussi des symboles du moule de la perfection physique. Juste avant ce moment, Carmen évoque l’aspect identique des femmes qui marchent dans la rue et qui ressemblent à des poupées : elle les traite de « robot », des machines programmées et leur reproche ainsi de ne pas se démarquer des autres. Ce dernier chapitre semble en totale opposition avec le premier qui veut justement que l’on suive une mode de la minceur telle une « barbie-robot ». Cette nette opposition laisse présager qu’il n’est plus question pour Carmen d’à tout prix maigrir et qu’elle a pris conscience du danger qu’elle court : fondre comme les barbies brûlées.


Hélas, la toute fin reste énigmatique et montre bien que la maladie qu’est l’anorexie n’est pas facile à guérir et qu’une fois que le mal-être est logé en soi, il est complexe de s’en débarrasser.


« Je frémis, mais ce n’est pas parce que j’ai froid ; c’est parce que je sens ma peau qui se resserre, comme un film alimentaire tendu sur les contours souple de mon corps ».


Frémit-elle de se sentir si maigre ? Où frémit-elle de se sentir grossir ? Le doute subsiste.

C'est étrange quand on a été obèse de se retrouver à vivre, à travers cette lecture, une vie d'anorexique et de constater que les deux comportements alimentaires a priori opposés ont de nombreux points communs !

Posté par wawaa à 21:30 - L'obésité dans l'art - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Ce livre m'a chamboulée. Il est bon, mais dur.

    Posté par gbdaphnee, 07 novembre 2015 à 23:51

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